Interview Saru, singes du Japon

par Delfine

Saru – Singes du Japon
Éditions Issekinicho 2016
Photographies : Alexandre Bonnefoy
Textes scientifiques : Marie Pelé – Cédric Sueur
Illustrations : Delphine Vaufrey
Préface : Testsuro Matsuzawa (Institut de primatologie de Kyoto)

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Résumé :
Les macaques du Japon surnommés singes des neiges, sont capables de vivre dans des conditions extrêmes. Alexandre Bonnefoy les a suivis dans tout le Japon, du printemps à l’hiver, des plaines enneigées de la péninsule de Shimokita au nord, jusqu’aux forêts classées au patrimoine mondial de l’UNESCO de l’île de Yakushima au sud.
Les textes des primatologues et les planches illustrées complètent le récit de voyage du photographe. Ils nous permettent de comprendre la vie sociale des singes et leurs comportements étonnants, tour à tour jouant avec des pierres, se baignant dans les sources d’eau chaude ou se déplaçant sur le dos des daims.

Les Auteurs :
Alexandre Bonnefoy photographe
Il vit au Japon de 2010 à 2012, il sillonne le pays et publie 2 livres photo sur le pays : “Neko Land” présentant la vie des chats errants dans les villes et sur les îles de pêcheurs, et “Tokyo Ohanami” sublimant l’événement majeur de l’année au Japon : la floraison des cerisiers. Son thème photographique de prédilection : le rapport de l’homme à la nature. Il travaille aussi comme illustrateur jeunesse depuis 2003.

Marie Pelé éthologue
Éhologue et primatologue, elle travaille avec de nombreuses espèces de singes telles que les capucins, les macaques, les bonobos ou encore les orangs-outans. Après avoir travaillé en Allemagne, aux États‑Unis et au Japon, Marie Pelé crée “Ethobiosciences”, une structure entièrement dédiée à la science du comportement animal. Elle collabore avec de nombreux parcs animaliers sur la question du bien-être animal.

Cédric Sueur éthologue
Maître de conférences à l’Université de Strasbourg depuis 2011, il y enseigne l’Éthologie, la Primatologie et l’Éthique animale. Il effectue également ses recherches scientifiques au sein de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien sur les réseaux sociaux dans le règne animal, allant de l’étude des insectes à celle des primates.


Interview des Auteurs

Pourquoi un livre sur les singes du Japon ?

Cédric : Le Japon est le berceau de la primatologie. Depuis près de 70 ans, les primatologues étudient la grande variété de traditions que les macaques japonais présentent dans leur comportement. Certains macaques japonais jouent avec des boules de neige, d’autres entrechoquent des cailloux ou lavent leurs aliments. Ces comportements restent cependant très peu connus du grand public.

Alexandre : Lors de mes différentes randonnées, j’avais pu croiser de nombreux singes, que ce soit dans des parcs naturels ou en pleine forêt. J’ai été très surpris de voir qu’il y avait peu de livres sur les singes du Japon au Japon. Ces livres se concentrent presque exclusivement sur un seul lieu, le parc de Jigokudani et ses sources d’eau chaude, un parc très populaire et facile d’accès.

Nous voulions aller plus loin et vraiment proposer une vision plus globale de la vie des singes au Japon. J’ai donc décidé de me concentrer uniquement sur ce sujet photo sur plusieurs saisons. Ce livre est l’occasion de présenter un Japon côté nature, préservé tel que l’île de Yakushima classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Ce singe est-il encore étudié aujourd’hui ?

Cédric : Oui, bien sûr ! Plusieurs études viennent justement de montrer comment le réseau social des singes, un peu à la manière de Facebook ou Twitter, impacte la transmission de nouveaux comportements, la propagation de parasites ou encore la capacité d’être le leader du groupe. Ces résultats ont même fait l’objet de plusieurs articles, dans le New York Times ou dans National Geographic notamment.

Marie : Et il ne faut pas oublier qu’une telle accumulation de connaissances au cours des années reste quelque chose de rare. Pouvoir observer un singe, de sa naissance à sa mort permet d’appréhender les défis auxquels il doit faire face, tout au long de sa vie, pour sa propre survie, mais aussi celle de ses petits.

 

Seulement un livre photo ?

Alexandre : Je suis là pour m’occuper de la partie “belle photo”, elle permet d’être au plus proche des singes et d’appréhender leurs conditions de vie. Mais ces images n’auraient pas eu d’intérêt sans l’éclairage des primatologues. C’est d’ailleurs le défaut des quelques livres photo que l’on retrouve au Japon, une simple succession de belles photos, alors que ce sujet pose énormément de questions et attire notre curiosité.

 

Comment abordez-vous ce sujet pour le grand public ?

Marie : Une société de singes se comporte de manière quasi similaire à une société humaine, avec une hiérarchie, des clans, des jeux de séduction et de tromperie. Il est donc assez simple d’aborder ce sujet avec le grand public. Il est même probable que les textes qui accompagnent les photos du livre fassent résonance à certaines expériences de vie du lecteur. Certains aspects de la vie des singes sont traités sous forme de questions-réponses, le tout rendant le livre très vivant. Des liens vidéos viennent également en renfort pour mieux présenter des comportements qui ne sont pas très “lisibles” en photos. Il s’agit de vidéos que nous avons tournées spécialement pour ce projet.

 

Ce sont ces singes qui sont aussi connus pour se baigner dans les sources d’eau chaude ?

Cédric : En effet, mais seulement une dizaine de singes pratique ce comportement et à un seul endroit du Japon : Jigokudani. Les singes y ont appris à se baigner dans les années 1960 en observant les hommes. Depuis, par transmission sociale, ils continuent de prendre des bains dans le onsen, surtout en
hiver quand il fait très froid. Au début, les hommes et les singes partageaient le même onsen, mais pour des raisons d’hygiène évidentes, un bassin réservé aux animaux a été créé.

 

Donc les singes apprennent et transmettent ?

Marie : Oui, les singes apprennent les uns des autres par l’observation. Ces nouveaux comportements appris et transmis dans le groupe ont souvent une utilité, comme sur l’île de Kojima, où les singes mettent leur nourriture dans l’eau de mer pour la nettoyer, mais aussi pour lui donner un petit goût salé. Parfois, au contraire, l’utilité de cette innovation comportementale reste un mystère. Par exemple, à Arashiyama, les singes manipulent et frottent des cailloux comme pour allumer un feu, mais nous n’avons encore que des hypothèses sur ce comportement.

 

Comment les photos ont-elles été réalisées ?

Alexandre : Nous avons sélectionné avec Cédric et Marie les lieux dans tout le Japon en fonction de leur intérêt. Soit par les comportements observés, soit par la beauté ou la rudesse du lieu comme à Wakinosawa, où l’on trouve les singes le plus au nord du monde. Nous avons ensuite choisi les saisons les plus intéressantes (automne, hiver, printemps) afin de suivre les singes dans un cycle complet, de la reproduction jusqu’à la naissance des petits.

 

Avez-vous eu une aide sur place ?

Alexandre : Pour les parcs naturels pas besoin d’aide, les singes y passent presque quotidiennement. Pour les destinations de pleine nature, j’ai eu quelques fois des indications et dans le meilleur des cas, des cartes avec les zones de passage (souvent très étendues) de certains groupes de singes. Pour l’île de Yakushima, j’ai obtenu une autorisation pour pouvoir suivre les singes dans les forêts protégées. Mais j’ai eu besoin de beaucoup marcher et de pas mal de chance pour trouver certains groupes.

Je n’étais pas accompagné lors de mes sessions photo sauf sur l’île de Kojima où Cédric et Marie m’ont accompagné, pour compléter le projet et filmer les comportements des singes.

C’était important pour moi d’être seul, complètement plongé et concentré sur mon sujet. On est plus attentif aux petits détails, plus sensible à l’environnement, c’est important pour pouvoir retranscrire ce que l’on voit, et faire passer des émotions.

 

Y aura-t-il des expositions et des conférences sur ce projet ?

Alexandre : Oui, le livre est au cœur d’un projet plus global incluant expositions et conférences itinérantes. Le but est vraiment de faire découvrir aux publics jeune et adulte, la vie des singes du Japon et d’avoir un échange riche sur le sujet.

En parallèle des photos j’ai aussi fait de la prise de son pour proposer une ambiance sonore lors de l’exposition. Lors des conférences, je présenterai la partie prise de vues et carnets de voyage de ce projet.

Cédric : En plus du livre, nous proposons une exposition de photos et des conférences soutenues par de très nombreuses vidéos prises lors du dernier séjour d’Alexandre au Japon. Elles seront suivies de discussions avec le public pour répondre au maximum de questions que les gens pourraient se poser. Je présenterai les relations sociales des macaques japonais, mais aussi la relation très complexe que les Japonais ont avec les singes. Marie présentera de son côté l’ensemble des traditions observées chez cette espèce de singes fascinante.

 

Dates de l’exposition SARU, Singes du Japon

• Maison de la culture du Japon à Paris

conférence : 25 octobre 2016

exposition : du 25 au 29 octobre 2016

• Médiathèque André Malraux à Strasbourg

conférence : 3 décembre 2016 et 14 janvier 2017

exposition : du 1er décembre 2016 au 4 février 2017

• Fête de la science de Saint Omer

octobre 2017

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