Les éditions Issekinicho ont 3 ans !

Les éditions Issekinicho fêtent leurs 3 années de présence en librairie et comme l’année dernière, je profite de cet anniversaire pour vous faire un petit bilan d’où nous en sommes.
J’écris cet article bilan car nous rencontrons souvent, lors de salons, des lecteurs qui s’intéressent au monde de l’édition et qui nous demandent comment ça se passe. Vous êtes nombreux à nous soutenir, alors on trouve ça normal de vous informer et de vous montrer « l’envers du décor ». On hésite longtemps avant de faire ce genre d’article, comment va-t-il être interprété par le lecteur, doit-on vous en parler, doit-on juste donner l’image d’une affaire qui marche et qui a du succès ?

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Avertissement :
Si l’aventure éditoriale ne vous intéresse pas plus que ça, si vous n’avez pas spécialement envie de savoir comme ça se passe, je vous conseille de passer votre chemin.
J’écris cet article ni pour vous soutirer des sous, ni pour que vous nous achetiez plus de livres, ni pour nous plaindre, mais juste pour dresser un bilan de nos réussites et de nos galères. Je préfère le signaler avant de commencer…
C’est bon ? On est parti !

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Tout d’abord, rien n’a vraiment changé depuis l’année dernière, les difficultés restent les mêmes. Je ne reviendrai pas sur tous les points que j’avais développé l’année dernière, je vous laisse lire l’article de l’anniversaire des 2 ans.

Un volume de travail qui reste très important
On garde un rythme de travail très soutenu 7j/7. C’est impossible de réduire ce temps travail car il y a énormément à faire pour réaliser, puis faire vivre commercialement les livres. Nous n’avons pas encore le luxe de prendre des vacances… Les week-ends sont réservés aux salons et conventions… ou au boulot. On participera à notre quarantième salon le mois prochain. Vu de l’extérieur, il serait facile de penser que nous ne travaillons pas assez pour faire décoller la maison, malheureusement nous sommes déjà au maximum de nos capacités.

Est-ce que l’on en vit ?
Non, pas encore de salaire en vue. L’argent qui rentre sert à payer les auteurs, l’impression, les charges, les impôts, les taxes (la cotisation foncière des entreprises vient de tomber et cette année elle a été multipliée par 4 sans raison)… Donc pour l’instant nous sommes, Delfine et moi, complètement bénévoles. Nous ne nous versons aucun euro pour le travail accompli dans le fonctionnement de la maison d’édition, ni sur les livres que nous réalisons ( quand on dit « payer les auteurs » on ne se compte pas dedans).
Il faut bien comprendre que les Éditions Issekinicho sont une société et que le compte en banque des éditions n’est pas notre compte en banque personnel.
Comment vit-on alors ? Et bien Delfine continue à travailler sur des commandes d’illustrations pour d’autres éditeurs et moi je tape dans mes économies et quand j’ai un peu de temps, je fais quelques commandes d’illustrations aussi et j’ai quelques droits d’auteurs qui tombent.

Pourquoi ça ne décolle pas ?
La mise en place des livres en libraire, c’est le nerf de la guerre, car pour qu’un livre se vende il faut que dans un premier temps le lecteur connaisse son existence. Ça a l’air bête dit comme ça, mais le livre n’arrive pas automatiquement en librairie, il faut que le libraire le commande et on a pas mal de blocages avec des libraires qui refusent nos livres… donc à partir de là nos titres sont peu visibles. Même si vous avez l’impression en regardant les réseaux sociaux que nous avons du succès, la réalité est tout autre… Notre maison d’édition est presque invisibles dans les rayons des librairies. Nature & Découvertes, par exemple, n’a pas voulu du Livre Saru – Singes du Japon. La raison invoquée : « il ne rencontrera pas son public dans nos magasins ».
Nos ventes restent donc faibles… en gros, il nous faudrait des chiffres de vente 2 à 3 fois supérieures pour être en sécurité, pouvoir se payer et investir (financement dans les livres, un collaborateur pour travailler avec nous…). Pour l’instant, le compte en banque se vide complètement pour financer chaque nouvelle sortie de livres et nous ramons ensuite pour remonter la pente et refinancer le livre suivant.

Ce n’est pas par manque d’expérience que nous ramons
On pourrait penser que nos galères sont dues à un manque d’expérience et à de mauvais choix.
Même pas. Nous avons maintenant plus de 12 ans d’expérience du milieu de l’édition et connaissons très bien le fonctionnement de la chaine du livre, de la fabrication à la diffusion/distribution en librairie, bibliothèques, médiathèques, en passant par la vente en ligne et sur salons.
Chaque choix que nous faisons est étudié et calculé. Mais beaucoup de portes restent fermées pour des raisons sur lesquelles nous n’avons pas le contrôle (diffusion, distribution, réseau de vente inaccessible, placement en librairie trop faible…) je ne rentre pas dans les détails.
Désolé de vous le dire, mais même avec de très bons livres, il est difficile de les faire atterrir sur le rayon des librairies, même avec un réseau de distribution et de diffusion… oui, oui, c’est désolant. Nous travaillons d’arrache-pied pour faire sauter ces verrous, mais cela reste très compliqué. Même si vous pouvez avoir l’impression que nos livres sont partout (c’est l’effet d’annonce sur les réseaux )

Succès d’estime et succès commercial
Nous avons besoin de vendre pour continuer à investir dans de nouveaux titres. Nous sommes très heureux de faire des expos, d’avoir des articles presse, des interviews radio, des prix lors de concours photo. Mais si cela nous montre bien que nos titres plaisent, il faut qu’au bout du compte cela déclenche aussi des ventes, sinon nous ne pouvons pas payer l’imprimeur, les auteurs, les charges, et tous les autres frais de fonctionnement.

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Alors, que pouvez-vous faire ?
C’est bien beau de vous dire que c’est dur mais le lecteur peut-il agir et faire changer ça ?
Oui !
– Parlez-en autour de vous (en partageant sur les réseaux sociaux, en recommandant les livres sur les pages de vente web des livres…)
– Parlez-en à votre libraire (si vous ne voyez pas le livre en rayon, si vous voulez que les auteurs viennent en dédicace…)
– Parlez-en à votre bibliothèque (et demandez si le livre peut être disponible en prêt)
– Contactez le Salon du livre de votre ville pour demander si les auteurs sont invités…
Tout ça marche pour notre maison d’édition, mais aussi pour tout autre auteur ou éditeur que vous voulez soutenir !

De notre côté, nous faisons un gros travail de promotion des livres, nous contactons des dizaines de magazines, des centaines de librairies et plus de mille bibliothèques… mais l’info se perd très souvent. Il est toujours très difficile d’atteindre la bonne personne et d’avoir un peu de son attention.

À toi, qui te dit : « Mais c’est commercial tout ça ! Vous ne faîtes ça que pour l’argent ! »
Tant que l’impression et la fabrication des livres ne seront pas gratuites, que les frais de port ne seront pas gratuits, tant que l’essence et l’autoroute ne seront pas gratuites pour se rendre sur un salon ou une convention, que les auteurs auront un loyer et du chauffage à payer en hiver, nous aurons besoin de vendre les livres que nous produisons. Nous nous en excusons.


Pour conclure :

Un énorme merci à vous lecteurs, pour vos achats, vos partages, vos articles, vos encouragements, et à vous libraires (oui car il y en a quand même), pour vos mises en rayon, votre enthousiasme.

Le combat n’est pas terminé même s’il s’annonce difficile. On attaque cette quatrième année toujours avec la même énergie, grâce à votre soutien et vos encouragements. Gambatte !!!

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19 commentaires sur “Les éditions Issekinicho ont 3 ans !

  • 4 novembre 2016 at 15h37

    Ne lâchez rien !!! Vous faites un boulot formidable que peu de personnes arriveraient à faire…
    Par contre il faudrait arrêter de s’excuser d’essayer d’avoir un revenu XD

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    • 4 novembre 2016 at 15h43

      Merci, disons que pas mal de gens pensent qu’on roule sur l’or, où sont convaincu que c’est une activité passion et que du moment que nos livres sont en librairie on n’a pas à se plaindre, on vit ce genre de réflexions depuis 10 ans en tant qu’illustrateur (nous et pleins d’autres illustrateurs – dessinateur de BD). Donc on préfère le signaler systématiquement, ce n’est pas encré chez tout le monde.

      Répondre
      • 4 novembre 2016 at 15h49

        Bien malheureusement… Pour ma part je suis admirative de tout ce que vous arrivez à faire et à fournir comme travail. C’est juste énorme ! Et comme tu dis, vous n’êtes pas les seuls qui vous prenez ce genre de réflexions et c’est bien dommage…

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  • 4 novembre 2016 at 17h37

    C’est d’une telle tristesse tous ces livres Disney ou autres …. qui débordent des rayons en librairie quand on voit ce que de bons éditeurs peu ou pas connus comme vous proposent. Un peu de tout pour avoir un choix grandirait chacun mais non il faut subir ce monopole, devenu insipide tellement il a été simplifié, partout. Continuez, bon courage.

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  • 4 novembre 2016 at 23h53

    Respect, pour la qualité de votre travail et l’énergie que vous y investissez! Et courage pour la suite, on voit que vous êtes de véritables passionnés et j’espère que vous allez réussir à vous dégager un salaire un jour! Je vais essayer de parler de vous à mon libraire, on ne sait jamais ;)

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  • 5 novembre 2016 at 12h48

    Depuis l’article de l’année dernière, je fais un peu plus attention aux rayons des librairies (notamment celui des coloriages) et l’on m’y entend souvent marmonner qu’il y manque votre ouvrage. Ce constat provoque un petit pincement au coeur au regard de la quantité gigantesque de travail fourni par votre petite société ! Idem pour les autres ouvrages, bien entendu.
    Sinon, dernièrement, en faisant un tour dans la section papeterie de la boutique strasbourgeoise de « Mémé en Autriche », je m’attendais presque à y voir vos nouveaux carnets… Personnellement, comme je suis très branchée accessoires, goodies… je vous encourage à continuer, et à développer également ce qui peut l’être ! :-)

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    • 5 novembre 2016 at 14h51

      Merci pour ton commentaire :)

      Concernant les carnets, on a décidé de les imprimer en quantité limitée et de les vendre nous même car sur ce type de produits ( carnets, goodies… ) pour gagner la même chose au final, c’est soit :
      – Avec un intermédiaire ( boutique) en très grande quantité + très petite marge.
      – En petite quantité, vendus par nous + marge « normale » ( quelques euros ).

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  • 6 novembre 2016 at 19h49

    J’ai une administration incommensurable pour vous deux ( et tout les illustrateurs/ petit éditeurs) qui se battent pour faire vivre leur travail. Vous me donnez du peps ,à vous lire, d’essayer de me lancer enfin dans l’aventure de l’illu. (Petit à petit).
    Je parle de votre blog dès que je peux. N’hésitez pas à repasser par la Belgique, je passerais, si je puis, avec plaisir faire un coucou. ;)

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    • 7 novembre 2016 at 11h16

      Merci Syllodiaz,
      On sera à MIA Bruxelles et au salon du livre de Bruxelles en mars prochain
      ;)

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      • 8 novembre 2016 at 11h12

        Chic, je passerais vous voir à l’un ou à l’autre!

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  • 8 novembre 2016 at 9h08

    Bravo et courage. j’ai rarement vu un positionnement aussi léché en terme de gestion d’entreprise. toutes les règles sont respectées, vous avez un marketing au poil et sincère. on ne peut pas dire qu’il vous manque la fibre d’entreprise. mais faut se rendre à l’évidence, le monde de la petite édition est loin d’être encouragée. Au contraire. Et votre lutte pour votre passion est une leçon pour nous tous. Bonne continuation, de tout coeur!

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  • 9 novembre 2016 at 12h34

    je suis bibliothécaire et j’ai repéré « onibi » dans une newletter BD. je suis allée la voir chez mon libraire spé Bd. Il ne l’avait pas car le représentant n’était pas passé leur présenter. J’ai été libraire avant et c’est vrai que les conditions d’achat et de retour chez certains diffuseurs (dont le votre) ne pousse pas à la « prise de risque ». c’est vrai que certains diffuseurs ont plus de visibilité que d’autres et c’est dommage pour tous ces livres « sacrifiés ». Néanmoins, je l’ai commandé, le libraire a eu l’air intéressé pour en prendre pour son magasin aussi. Courage !

    Répondre
    • 9 novembre 2016 at 12h44

      C’est la difficulté d’être petit. On a pas la machine de guerre en distribution / diffusion qui nous ouvre les portes de tous les libraires. Nos repré ayant un catalogue très très disparate d’éditeurs, ils ne font pas tous les libraires. Nous sommes un de leur rares éditeurs à faire de la BD alors forcement le repré doit faire des choix et optimiser ses visites, et laisse de côté les librairies BD, et souvent les libraires ne veulent pas s’embêter avec des retours pour un seul éditeur.
      Et pourquoi nous ne sommes pas chez un gros diffuseur / distributeur ? Ce n’est pas parce qu’on a pas demandé ou qu’on n’y a pas pensé… mais juste parce que nos volumes de production ne les intéressent pas. Pas assez d’argent à se faire, allez voir ailleurs.

      Pour les petites maisons les lecteurs ont un rôle d’ambassadeur pour faire bouger les choses.
      Et de notre côté on ne doit pas tout attendre de la librairie mais optimiser et multiplier les canaux de vente (salon, web…).
      Merci à toi en tous cas.
      :)

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  • 9 novembre 2016 at 15h19

    J’espère vraiment que vous allez réussir à en vivre un jour et que vous allez pouvoir continuer car c’est vraiment très chouette ce que vous faites !
    Courage ! :victory:

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  • 15 novembre 2016 at 12h20

    Joyeux anniversaire à vous, en espérant que les Editions Issekinicho durent encore !
    En tout cas, j’ai été très surpris de trouver votre livre dans mon Cultura (Bourgoin-Jallieu, 38) !
    Ne lâchez rien et continuez comme cela !

    Gambatte kudasai :-)

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  • 11 décembre 2016 at 10h41

    Bonjour
    Félicitations pour votre travail !
    Avez-vous essayé les boutiques des zoos de France et de Navarre pour votre livre sur les singes? Je suppose que oui mais on sait jamais…

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    • 21 décembre 2016 at 10h58

      Bonjour Romain, oui nous les avons listés et contactés 1 mois avant la sortie et relancés 1 mois après la sortie du livre, sans avoir aucune réponse de leur part. Nous referons une relance courrier papier d’ici février je pense.

      Répondre
  • 9 janvier 2017 at 15h08

    Bravo pour ces trois ans!
    Je suppose que vous avez déjà du y penser, mais je demande quand même:
    est-ce qu’un Patreon ou Tipeee pourrait vous aider ?

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  • 11 janvier 2017 at 15h38

    Salut!

    Je viens de te voir à la télé tout à l’heure!
    Bravo! Espérons que le buzz vous aidera pour votre petite entreprise…

    Répondre

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